Près d'un lac

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Près d'un lac

Message par Terrik » Sam Mai 18, 2013 10:20 pm

Comme chaque jour, je faisais la tournée des compagnies placées sous mon commandement.
Et aujourd'hui, plus que d'habitude, c'était un réel plaisir.
La neige avait fondu, le soleil commençait à réchauffer la terre et le corps des hommes, et après la période de débâcle ou tout était couvert de boue, les chariots de ravitaillement avaient pu enfin arriver jusqu'au campement, apportant victuailles et vodka, mais aussi de la poudre, des munitions et des équipements neufs.

Tous s'affairaient dans la bonne humeur.
Les jaegers ajustaient leurs mires après avoir démonter et nettoyer leurs fusils, les cavaliers graissaient leurs harnachements et brossaient leurs chevaux, les fantassins briquaient leur brodequins et affutaient leurs baïonnettes comme jamais. Même les canonniers s'empressaient autour de leurs grosses pièces pour les rendre rutilantes.

C'est que l'hiver avait été rude. Froid, ça on en avait l'habitude, mais la division qui avait coutume de toujours avancer s'était englué dans une guerre sans nom aux environs du moulin Libau.

Des mois entiers à charger sur quelques lieux ou à se faire repousser d'autant. Et ce moulin au milieu des morts, qui n'osait plus tourner, au risque de blasphémer contre les gisants, à la stridence de ses engrenages desséchés.

La division avait finalement fini par s'en emparer de ce moulin. Mais à quel prix! Combien d'hommes étaient morts? Des bataillons entiers qu'on n'avait plus revus.
Quand nous nous sommes finalement repliés, pour le Grand Plan, le bruit a couru que les français ne pouvaient pas se rendre maitre du moulin.
Des braves y entraient, mais ressortaient presque aussitôt, hagards, leurs faces livides bientôt plus blanches que la couleur de leurs culs, les yeux exorbités, s'enfuyant dans la campagne en hurlant au diable.

Le moulin se refusait à eux, et il se murmurait le soir venu, au moment où les langues se délient à la chaleur du feu de camp et de la vodka, que c'était désormais les fantômes des Lilis, des Maxos, des Kaban,..., de tous les bataillons qui avaient disparu, qui hantaient désormais les lieux, empêchant même après leur mort, l'infecte vermine bleu de salir les lieux.

Mais ils en courrait bien d'autres bruits. Comme celui d'une unité française qui aurait dérobé une arme expérimentale russe, une kalachnikov ils disaient, qui permettait de tuer des hommes encore et encore, sans jamais se trouver à cours de munitions.
Et puis comme ce qui se racontait sur... Bref, que des bruits de popotes et des ragots de vieilles babouchkas.

A ce moment précis de mes pensées, un vétéran d'Eylau m'interpela:

Et major, vous croyez que cette fois c'est la bonne? Les français ne vont pas bouger?

Bien sûr Vladimir, mais pourquoi me poses-tu cette question.

Ben, c'est que je ne suis plus tout jeune, et si il venait aux français de renouer avec leurs vieilles habitudes et de décamper au son de la première mitraille, j'ai bien peur que mes vieilles jambes manquent de vigueur pour pouvoir les rattraper.

Ne t’inquiète pas Vladimir, nos Feld-maréchaux ont pensé à tout.


Puis une jeune recrue:

Major, vous pensez qu'il y en aura pour tout le monde?

Si tu avances assez vite, tu auras ta part!


Les hommes étaient ravis. La conséquence du Grand Plan.

Celui-ci avait muri dans la tête des anciens feld-maréchaux russes.
Passer à l'ennemi, faire croire qu'ils avaient tourné casaque pour s'attirer sa confiance puis se rendre indispensables, pour fomenter le plan le plus audacieux qui avait existé.
Ce n'était pas sans danger, mais les deux hommes étaient tout aussi braves qu'ils étaient bon commandants.

Il fallait ensuite qu'ils puissent attirer une grande partie de l'armée française dans un piège machiavélique, que dis-je vilpinozinique, qui verrait son anéantissement pur et simple, compromettant à jamais les ambitions du nain sur la sainte terre de Russie.

Les braves s'étaient fait passer pour des traitres. Tous les huaient et les détestaient, sauf une poignée d'officiers au courant de l'affaire. Car les français devaient venir dans le piège mais l'armée russe se devait également de bien préparer la nasse.

Des mois étaient passés. Certains même parmi leur plus fidèles avaient commencé à douter, voire à les renier.
Et finalement, la nouvelle était tombée. Le Grand Plan se réalisait. Le grand jour arrivait.

Nos deux anciens Feld-maréchaux avaient dirigé vers la nasse, non pas 1 régiment, ni deux, mais pas moins de 5 régiments français.

Le lieu avait été très soigneusement choisi par nos anciens stratèges, qui n'avaient rien perdu de leurs talents.

Les français campaient à quelques vestres d'un de nos points de regroupement, et ils étaient acculés à la Bérézina devenue intraversable avec le dégel.
La perfection même. Personne n'aurait pu faire mieux, ni même rêver mieux.

Déjà les troupes russes s'étaient amassées, des renforts arrivaient à chaque heure, et même des cosaques attirés par l'odeur du sang, fait rarissime, s'étaient joints à l'armée russe sur le point de fondre sur l'ennemi.

Devant l'assaut imminent, le Feld-marechal Zinix, qui d'habitude n'était pas avare de se montrer partout le cul posé sur son cheval, s'était discrètement éclipsé, et le Feld-maréclal Vilpinov, nous avait rapporté nos éclaireurs, prenait tranquillement la tangente avec ses hommes, sous prétexte peut être d'aller reconnaitre un point éloigné.
Toujours aussi habiles nos glorieux chefs.

C'était donc vraiment un plaisir que de s'affairer aux derniers préparatifs.
Chacun allait entrer dans l'histoire, libérant définitivement la Grande Russie, et chacun voulait en être.

Pour ma part, je me devais de diriger mes hommes comme jamais, pour tenter de me porter, ne serait-ce que quelques minutes, à la hauteur du génie de nos deux immenses stratèges.
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Terrik (Mat. 46929)
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