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[RP public] Les tavernes françaises à Vinkovo

Publié : sam. sept. 28, 2024 9:21 pm
par Lupus
HRP : ouvert à tous ceux qui veulent faire un peu de RP, sans donner de secrets aux russes



Un patelin comme un autre. Une taverne comme une autre

Le géant vêtu de son habituel uniforme d'un bleu si sombre qu'il semblait presque noir -ça lui avait récemment valu d'être pris par quelques prussiens pour l'un des leurs, à son grand déplaisir-, toujours frappé de la grenade de la Gendarmerie, à laquelle il appartenait toujours malgré la dissolution de la 35e Légion, s'engouffra entre par la porte de bois et la referma lentement, laissant son regard, petits yeux verts plissés enfoncés dans des orbites sombres surmontées de sourcils broussailleux et grisonnants, parcourir l'intérieur de la taverne : des tables crasseuses, des chaises branlantes, un âtre pas encore enflammé à cette heure bien que pour les français il commença déjà à faire froid.
Le patron du bouge, un russe -ou, si ce n'était le cas, un slave de toute façon- lui lança un regard dans lequel la morosité de savoir sa ville et son pays occupés par un étranger n'empêcha pas la naissance d'une flamme motivée par l'appât du gain. De fait, le géant s'approcha du comptoir en bois et posa une pièce d'un quart de franc dessus. Le patron s'approcha aussitôt, un sourire naissant sur les lèvres, et malgré sa faim d'or se retint, posant la main sur le comptoir plutôt que tout de suite sur la monnaie française en argent.


- Bière.

Le regard du tavernier se fit hésitant.

- Braga !

Le patron retrouva son sourire cupide et hocha la tête. Le vieux colonel lâcha un ronchonnement indicible -le tavernier allait bien vite apprendre les noms français de ce qu'il avait à disposition- dans sa barbe, qui restait pour l'heure plus sombre que grise, et se détourna vers une table proche d'une fenêtre, et qui disposait d'un banc contre le mur : jugeant le banc plus sûr pour sa lourde carrure que les chaises branlantes, Lupus s'y assit, puis appuya doucement son dos contre le torchis mural qui recouvrait, à en juger les endroits où il était abimé, un solide mur de pierre. Un instant plus tard, le tavernier posa devant lui une choppe en bois pleine d'un liquide jaune dépourvu de mousse et retourna à son comptoir.
Le Juge Suprême de la Grande Armée posa la main sur la choppe, et la leva pour y tremper les lèvres. Quasiment imbuvable... Il la reposa et laissa son regard errer par la fenêtre un moment. Puis, toujours pensif, il glissa une main blafarde dans sa veste, et en tira une carte neuve mais déjà plissée de partout, et la parcourut d'un regard las.

Re: [RP public] Les tavernes françaises à Vinkovo

Publié : dim. sept. 29, 2024 4:46 am
par Andreï Xamov
La porte de la taverne s’ouvrit à nouveau, laissant entrer un souffle d’air frais qui remua des effluves de bois humide mêlées à l'odeur âcre de bière tiède et de fumée de tabac, émanant des pipes des quelques soldats attablés. Ces senteurs vinrent chatouiller les narines du jeune sous-lieutenant qui fit son apparition en tapant ses bottes crotteuses contre la paillasse devant l’entrée.

Une lueur d'intérêt s'éveilla dans le regard du tenancier, qui toisait déjà le nouveau venu. Sans doute que cette stature élancée, drapée dans un uniforme impeccable, lui laissait entendre qu'il avait plus d'un sou à dépenser. L'arrivée des Français dans les parages était une aubaine pour ce boui-boui perdu au milieu de nulle part. L'argent n'avait pas de patrie, et le patron l'avait bien compris.


Marceau s'approcha du comptoir, ajusta machinalement ses manches et y posa les mains.
Un thé, je vous prie. Le visage du tavernier se plissa, comme s'il essayait de déchiffrer un message codé sur les lèvres de l'officier. Un thé, thé ! répéta Marceau, mimant une tasse avec sa main gauche tout en faisant couler de l'eau avec les doigts de la main droite.

Le tavernier écarquilla les yeux un instant avant d'exploser de rire, persuadé de comprendre la demande de l'officier français. Blyad' ? Net, net, ne zdes' ! Marceau, de son côté, saisit rapidement la raison de son hilarité en voyant comment ses gestes pouvaient être interprétés.

Mais non ! Non, pas une courtisane, du thé, bougre de cochon !
s’exclama-t-il, tandis que le tavernier, hilare, répétait en boucle : Ne zdes', ne zdes' ! L'officier, un instant tenté de lui dire d'aller au diable, se ravisa, sentant le regard des soldats qui peuplaient la taverne, égayés par la scène.
Le contraste entre le sérieux du sous-lieutenant et l’incompréhension burlesque du tavernier était si comique que même les murs semblaient rire avec lui, et Marceau se sentait la risée de la taverne entière.

Enfin, après un long moment de confusion, le tavernier, dans un élan de compréhension soudaine, s'exclama : Ah ! tchaï ! et disparut dans la cuisine, laissant Marceau espérer qu’il allait enfin obtenir sa boisson tant désirée.
Quand le tavernier revint, il posa triomphalement une tasse de thé bien chaud devant le sous-lieutenant. Tchaï ! S'exclama-t-il avec un grand sourire et un clin d'œil complice. Marceau soupira de soulagement, se promettant de ne plus jamais essayer de commander en mimant — du moins, pas sans un dictionnaire sous la main ! Il déposa une pièce d'argent sur le comptoir que le patron fit rapidement disparaitre sous sa paume.

Il cherchait désormais un endroit où s'asseoir. À la vue du géant en bleu sombre, tout affairé à scruter une carte froissée, il hésita un instant. Puis il s'avança résolument, la main droite crispée sur le rabat de sa veste.


-Colonel, je suis le Sous-Lieutenant Marceau.
Dit-il la chope fumante à la main, d'une voix claire, teintée d'une sincérité palpable. Puis-je m’asseoir ici ?

Re: [RP public] Les tavernes françaises à Vinkovo

Publié : dim. sept. 29, 2024 1:47 pm
par Lupus
Peu à peu, des hommes de la Grande Armée, de tous grades, parfois d'autres nationalités que française, s'étaient installés dans le lieu de perdition. Peu avaient osé se diriger vers le grand et sombre colonel du fond : son mise obscure, son apparence de mal luné, ses galons ainsi que ses insignes de membre des forces prévôtales, mettaient comme un mur entre lui et la plupart des hommes ; et encore, cela ne concernait que ceux qui ne l'identifiaient pas et ignoraient les rumeurs le concernant. Deux vieux majors, qui s'étaient approchés par mégarde de sa table, ravis d'avoir leurs boissons en main, s'étaient raidis comme des piquets puis enfuis aussi pâles que des fantômes en le reconnaissant : certains officiers en service depuis un bon moment se souvenaient encore qu'il avait jadis été accusé d'avoir assassiné un officier français, et d'aucun y croyait.
Peu importait au géant gendarme : au final, il n'avait de compte à rendre qu'à lui-même et au Maître du Monde.

Il arrivait cependant encore que quelque étourdi ou âme innocente osât l'approcher sans méfiance. Il semblait en aller ainsi ce jour là : une voix claire, encore jeune, l'interpella, et il leva ses yeux caves vers le jeune officier dont elle émanait. Il hocha la tête une seule fois, et de sa main droite, qui ne tenait pas la carte, lui désigna les chaises en face de lui.


- Colonel Lupus, Prévôté. Faites vous donc plaisir Lieutenant.

L'ancien détailla le jeune, analysant rapidement son aspect. Uniforme impeccable et bien récent, bien ajusté à la silhouette, et joues pas creusées : il arrivait de l'Empire depuis bien peu de temps. Les cheveux longs et la petite moustache bien taillée étaient aussi un signe de son jeune âge, mais portaient aussi le vieux à penser que le jeune était un officier "direct", et non pas issu du rang -même s'il fallait parfois être prudent sur ce jugement là.
Le regard du vieux glissa vers le gobelet fumant, et les narines de son nez aquilin frémirent en inspirant doucement l'odeur désormais à portée.

- Vous êtes arrivé depuis longtemps, Lieutenant ?

La main droite quitta la choppe bientôt vide vers lequel elle s'était reportée, et s'engouffra dans une poche de l'uniforme sombre pour en tirer une longue bouffarde : celle-ci fut portée à la bouche de Lupus, qui la coinça entre ses crocs au coin des lèvres, sans l'allumer, se contentant d'en mordiller l'extrémité entre ses prémolaires.
La question était à demi rhétorique : le nom de "Marceau" parlait vaguement à Lupus, et la médaille sur la poitrine du sous-lieutenant lui indiquait qu'il avait probablement participé à la fin de la précédente grande bataille...ne l'avait-il pas croisé quelque part dans une plaine de Volchanka ?

Re: [RP public] Les tavernes françaises à Vinkovo

Publié : jeu. oct. 03, 2024 8:00 am
par Andreï Xamov
Une aura étrange enveloppait le vieux colonel, il dégageait une autorité naturelle qui, en plus de son grade, commandait le respect. Marceau ressentit quelque chose de glacial dans le regard perçant de son supérieur, comme si ses deux pupilles restaient à l'affût au fond de leurs orbites, en embuscade, analysant les moindres détails pour mieux en aspirer les secrets.

Aussi, Marceau ne fut pas surpris d'apprendre qu'il appartenait à la Prévôté, dont les insignes inspiraient la crainte et créaient une barrière entre lui et la plupart des hommes, comme semblaient le souligner les regards inquiets qui se tournaient parfois vers leur table.

Le jeune Sous-Lieutenant n'était pour sa part, pas le plus impressionné, considérant qu'il n'avait rien à craindre de la hiérarchie tant qu'il faisait preuve de déférence à son égard. Il voyait plutôt cette rencontre comme une aubaine dans sa quête de renseignements au sujet de l'Adjudant Derbois, mais se demandait s'il était bien sage d'interroger le Colonel à ce sujet. Il paraissait en effet être le genre d'homme à poser les questions plutôt qu'à y répondre.


- Merci mon Colonel. Il le salua poliment en levant la main droite au dessus du front et prit place face à lui. Je compte cinq mois de service, Colonel. Il s’éclaircit la gorge d’une large lampée de thé, dont les savoureuses saveurs de cannelle et de citron, couplées à la texture soyeuse du lait, vinrent lui raviver les papilles. Les Russes ne nous ont pas fait de cadeau à Volchanka, je n'ose imaginer ce que cela a dû être de vivre cette campagne tout du long. Sans parler de l'hiver ... Il déglutit péniblement son thé après cette dernière phrase. L'évocation même de la saison des frimas éveillait en lui une crainte profonde, nourrie par les mises en garde des vétérans qui l'avaient vécu sous la neige glacée et le feu de la poudre.

Il sortit à son tour une petite pipe en terre cuite. Celle-ci contrastait drôlement avec l'ustensile du Colonel qui devait en faire bien trois fois la longueur. Puis une boite à tabac en bois ou avait été taillée l'étoile à cinq branches de Saint-Cyr. Il bourra la tête d'une pincée de tabac, porta le tuyau à son bec, gratta une allumette puis en aspira doucement le contenu incandescent. Marceau semblait à l'aise, presque insouciant, comme si l'aura inquiétante du Colonel ne faisait que glisser sur lui. Il convint néanmoins intérieurement qu'il valait mieux ne pas faire preuve de trop de hardiesse.

- Comment cha che préjente ? Sa bouffarde obstruait son phrasé, il fit un geste du menton pour désigner la carte que tenait Lupus. Il poussa alors la boite à tabac vers le Colonel, l'invitant, d'un sourire affable derrière des volutes de fumée, à se servir s'il le souhaitait.

Re: [RP public] Les tavernes françaises à Vinkovo

Publié : dim. oct. 13, 2024 4:06 pm
par Lupus
Tout en parlant, le jeune officier avait sortit son propre instrument à faire de la fumée, et du geste lui proposa son tabac : Lupus répondit d'un imperceptible mouvement de tête négatif, car lui ne fumait pas, mais ne faisait que s'occuper les lèvres et les dents nerveusement en mâchouillant sa bouffarde. Il reporta un instant le regard sur la carte, répondant pensivement aux questions de Marceau :

- Eh bien, pour le peu que j'en sache, ça ne se présente pas très bien. Le champ de bataille est immense, plus de deux fois plus grand que Volchanka, et en plus bien moins fermé par des rivières larges et profondes ou des montagnes. Au plus, de hautes collines et quelques marais, voilà ce qu'il y a ici.

Un doigt blafard désigna sur la carte les zones marécageuses, au Nord de la ville d'Emond et loin dans le Sud-Est -hors de portée de la Grande Armée, donc-, ainsi que les principales hauteurs du Nord -Mont-Dragon, l'Oreiller, Sion. Puis il s'attardât pensivement sur les deux massifs centraux, le Mur de Garen et les collines de Kintara.

- Si nous pouvions installer de puissantes positions défensives sur ces lieux, nous dominerions la zone centrale du champ de bataille. Mais...nos campements en sont très éloignés, l'élongation est terrible, et surtout nous manquons de troupes pour tout contrôler.

Aux yeux de l'ancien collaborateur puis membre du SARCE, le problème du contrôle du terrain était ici le plus criant. La Grande Armée était tout simplement insuffisamment nombreuse pour contrôler une si vaste étendue, problème déjà perçu lors d'une bataille de Volchanka dont le terrain était pourtant bien plus réduit.

- ...il nous faut réinventer des concepts tactiques et stratégiques novateurs, si nous voulons faire face. L'armée du Tsar est certes en mauvais état, comme la nôtre, mais elle est davantage habituée aux infiltrations et plus familière du repli et de la rotation des compagnies au front, ce qui sont des points faibles de la Grande Armée, d'autant plus exploitables ici...

Le doigt remonta mollement et traversa la carte d'Est en Ouest, formant une ligne sinueuse sur les mines de Bordeaux, Gaillac, Marc et Champagne.

- Nous sommes encore dans la phase initiale, nos poussées à l'Est et à l'Ouest peuvent paraître impressionnantes, mais le centre est une zone sur laquelle nous n'avons aucun contrôle, et les russes s'en serviront probablement bientôt pour manœuvrer contre nos ailes. Il est probable que nous nous repliions bientôt sur cette ligne, à peu près...

Les crocs d'albâtre mâchonnèrent un peu plus fortement le tuyau en bois, trahissant un agacement ou une inquiétude sourds. La main se redéplia pourtant, et le regard du gendarme remonta vers celui de son vis-à-vis.

- L'hiver, hein...il est certes plus rude que celui de nos pays atlantiques, mais rien qui ne puisse s'affronter en y préparant vos hommes...et leur matériel : n'hésitez pas à utiliser les finances de votre bataillon pour acheter des bottes fourrées, et des peaux pour le campement comme pour les déplacements. Prévoyez du bois sec dans le charrois, et aussi donnez l'ordre aux hommes de toujours en avoir un peu, pour s'allumer un feu quand vous vous reposerez. L'alcool aide pour le moral, certes, mais une soupe chaude avec des morceaux de viande est aussi efficace, et nourrissante. Le reste, c'est une question de volonté, et de cohésion entre vos hommes. Alors ne les accablez pas de tours de garde incessants, comme le font certains officiers en croyant que davantage d'yeux perceront les blizzards, mais laissez-les le plus possible sous les tentes ou dans les bâtisses. Ils vous en seront reconnaissants et se porteront mieux ; d'ailleurs, prenez conseil auprès du service médical quant à comment prévenir les engelures.

La voix rauque et profonde marqua une pause. Les petits yeux verts enfoncés revinrent un instant sur la carte, puis se tournèrent vers la fenêtre de la gargote, avant de revenir sur Marceau.

- Dites, Lieutenant...ça vous intéresse, le travail d'état-major ?

Re: [RP public] Les tavernes françaises à Vinkovo

Publié : lun. oct. 14, 2024 1:48 am
par Andreï Xamov
Marceau, absorbé par les propos de Lupus, ressentait l'odeur mêlée de fumée et de bière qui flottait dans la gargote. Les murs, usés par le temps et le climat, vibraient des murmures des soldats et des cliquetis des verres. À travers les fenêtres embuées, le vent d’automne sifflait, laissant prévoir un hiver rude qui promettait d’accentuer les tracas de la Grande Armée. L'éclairage vacillant des bougies projetait des ombres dansantes sur les visages des deux officiers.
Il observa attentivement Lupus dont les paroles trahissaient une profondeur d'analyse impressionnante. Les traits serrés, il scrutait la carte comme s'il voyait au-delà des lignes et des symboles, percevant les mouvements invisibles des armées.

-Vous avez raison Colonel. Lâcha Marceau, l'intonation grave. Le terrain est un véritable défi. Il plissa les yeux, s’efforçant d’imaginer les mouvements à venir. Et nos ressources sont limitées. Chaque colline, chaque forêt doit être exploitée à son maximum. Si nous ne pouvons pas contrôler le centre, nous devrons compenser par une défense solide sur nos flancs.
Il prit une large lampée de thé avant de poser la tasse sur la table, émettant un bruit sourd qui attira quelques regards curieux des autres soldats attablés. Certains murmuraient, leur visage inquiet, tandis que d'autres partageaient quelques grivoiseries pour alléger l'atmosphère pesante.
Marceau se pencha un peu plus vers la carte, le regard ardent.

-Néanmoins, vous n’êtes probablement pas sans savoir que le premier corps d’armée marche au son du canon vers le centre depuis les environs de Champagne et Orme. Si le monastère Fare Madding et la ferme de Noyer pouvaient être pris, cela nous donnerait un avantage considérable.

Il aspira une bouffée de tabac et en expira longuement un petit filet de fumée qui vint glisser comme une vague sur la carte de campagne.

-Cela obligerait probablement la ligne Russe du centre à reculer et nous d’en profiter en établissant une nouvelle ligne de front entre le mur de Garen et les collines de Kintara. Peut-être diriger les combats vers Monbazillac et Lugard, ainsi nous épargner un trop long assaut du Monastère Caemlyn.
Il eut alors un rictus agacé, se mordillant la lèvre inférieure alors qu’il se rendait compte à quel point il y avait toujours un “mais” lorsqu’on parle de stratégie. Quand bien même cela réussirait et nous donnerait l'avantage au centre, la question subsiste sur la façon de tenir nos flancs, c’est précisément pour cela que je ne suis pas certain du bien fondé de ce genre de mouvement. Ses yeux brillaient d'une lueur d'intérêt fascinée tandis qu'ils parcouraient la carte. De plus, la zone reste très loin de nos bases en effet. Si nous pouvions scinder nos forces plus efficacement, nous déplacer en petits groupes de combat plutôt qu’en masse pour permettre de tenir nos acquis sur les flancs et établir un campement sur Noyer...

Il secoua vivement la tête comme pour défaire le nœud s'étant formé dans son esprit, se laissa choir contre le dossier de sa chaise et tira longuement sur sa pipe. Son regard songeur s’égara alors par-delà la fenêtre, si embuée qu'il dut y creuser un judas du revers de la manche pour en observer le dehors.
-Je vous plains, mon Colonel. Une tâche bien ardue que celle qui influe sur le destin des hommes. Souffla-t-il pensivement. Merci pour ces conseils, je tâcherai de les appliquer lorsque le blizzard se lèvera. Il faut que je me hâte de leur acheter du matériel, je crains que peu... moi y compris, soient prêts à affronter l'hiver russe.
Vint alors une question qui éveilla l'intérêt autant que l'étonnement du jeune officier qui quitta ses songes pour dévisager brièvement son vis à vis, ne sachant s'il s'agissait d'une sorte de test, ou si cela amorçait une proposition sérieuse. Il se mit à bredouiller.

-Et bien ... je me suis engagé pour servir la France mon Colonel. Il sembla hésiter un instant, puis poursuivit. Je doute néanmoins d'être le plus apte et expérimenté pour ce genre de travail.